CORALLINE I
Abandon
L'abandon
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Le Coralline I était à l’origine un chalutier allemand, dont le port d’attache était Bremerhaven. Un groupe de plongeurs s’est associé pour le racheter et le transformer en bateau de plaisance, adapté à la plongée sous-marine. En ce début d’année 1988, il s’agissait de convoyer le bateau jusqu’en Méditerranée (Hyères). C’est lors de l’étape Belgique–Quimper que s’est produit l’incident ayant conduit à l’échouage du navire. L’équipage était composé de trois Allemands et de deux Français. Il devait passer la nuit suivante au port de Fécamp, où il aurait fait le plein de carburant. La suite, Jean-Pierre Mangeot, l’un des copropriétaires, la raconte : « À quelques milles de la côte, la pression d’huile a soudainement commencé à baisser. Nous avons d’abord cru à un incident mineur, mais elle a continué de chuter. Finalement, le moteur s’est arrêté. Comme Dieppe était le port le plus proche, nous avons contacté par radio pour y faire escale et réparer. L’appel a été transmis aux autorités du CROSS Cherbourg, qui ont prévenu la vedette des Affaires maritimes Pluvier, présente dans le secteur. Celle-ci est arrivée peu après pour récupérer les membres d’équipage. » |
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Photos des secours :
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Gabriel de Clieu, remorqueur de Dieppe. |
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C’est alors que les choses se sont compliquées. Pour l’équipage, il semble que le sauvetage n’ait pas suivi une procédure normale. Le patron est catégorique : « Nous étions à environ deux milles des côtes, il n’y avait aucun danger. Au lieu de récupérer l’équipage, il aurait été facile de nous prendre en remorque pour rallier Dieppe. » N’ayant pu obtenir cette assistance, Jean-Pierre Mangeot a immédiatement contacté le service de remorquage de Dieppe pour que son navire soit pris en charge. Il exprime sa surprise : « Alors que le remorqueur Gabriel de Clieu était en route pour venir nous chercher, la vedette Pluvier l’a rappelé pour lui indiquer qu’il n’était plus nécessaire de continuer, qu’il était trop tard pour intervenir. Pourtant, nous étions encore loin du rivage et l’opération aurait pu être menée sans problème... » Enfin, les sauveteurs de la SNSM se sont également montrés surpris par l’attitude des autorités du CROSS face à leur proposition d’assistance : « Nous avons appris par radio que le bateau allemand était en péril. Aussitôt, Cherbourg a répondu de manière très succincte : “Non, nous n’avons pas besoin de vous...” » Le chalutier, désormais sans équipage, a donc été abandonné, livré à lui-même dans une dérive fatale vers la côte. |
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Pillage
Le pillage
Où est passée la solidarité des gens de mer ?
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La première nuit suivant l’échouage n’était pas terminée que des disparitions étaient déjà constatées à bord du Coralline I. Ces vols se sont poursuivis la nuit suivante. L’échouage n’avait pas encore été rendu public ; les pilleurs ont donc écouté les conversations radio des navires et ont commis leurs méfaits en arrivant par la mer. Leur activité serait passée inaperçue depuis la côte. |
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Mais le pillage ne s’est pas arrêté là. Non seulement les effets personnels de l’équipage ont été volés, mais aussi tout l’outillage, le matériel de sauvetage, de plongée, le canot de survie, les bouteilles et les combinaisons de plongée. Le préjudice s’élève à plus de 100 000 francs. La curée s’est même étendue au matériel de la SNSM, qui avait laissé une pompe ayant servi à la vidange de la cale ! |
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Une tentative de déséchouage a été entreprise pour remettre le bateau à flot, sans succès en raison de coefficients de marée insuffisants. Avec le temps, tout effort est devenu vain. Le Coralline I est donc resté définitivement couché sur son flanc bâbord, la proue tournée vers Saint-Aubin-sur-Mer, livré aux assauts de la mer qui l’ont progressivement disloqué.
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Montage du Coralline I 9 mois après son naufrage. |
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Epave
Qu'en reste-t-il ?
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Douze ans plus tard, le bois, rongé et disloqué, a été emporté par la mer. Il ne subsiste sur le platier rocheux que les grosses pièces métalliques.
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Ce qui reste du Coralline I en 2000. |
En janvier 2009, ces vestiges ont pourtant trouvé une seconde vie :
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Profitant du démantèlement de l’épave du chalutier Chrispierre-Dauphin, échoué non loin de là en décembre 2008, l’entreprise MASSIF et Frères de Manneville-ès-Plains, sollicitée pour l’opération, a également enlevé les morceaux restants du Coralline I à la demande d’un artiste sculpteur plasticien souhaitant les récupérer. Il s’agit d’Arsène, installé à Saint-Valery-en-Caux sur la zone industrielle. Il a transformé ces pièces métalliques, rongées par des années d’embruns, en œuvres d’art. Cette série d’œuvres, qui a trouvé acquéreurs, est aujourd’hui dispersée, sans que l’artiste n’ait malheureusement pu l’immortaliser en photos.
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Coralline I couché sur bâbord, 9 mois après l’échouage.





