MAID OF KENT
Histoire
L'histoire
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Voici l’histoire d’une tragédie fort peu connue et pourtant elle a fait près de 400 morts ! C’était le 21 mai 1940 vers 17 h 00, ce jour-là, le navire-hôpital Maid of Kent, stationné dans le bassin de Paris du port de Dieppe, va être bombardé par la Luftwaffe, l’aviation allemande. Mais avant de revenir sur cette tragédie, arrêtons-nous quelques instants sur l’histoire de ce navire. Le Maid of Kent a été construit par le chantier naval écossais de William Denny and Brothers, à Dumbarton. Mis en service le 5 août 1925, le navire sera totalement opérationnel le 26 octobre de la même année. Le propriétaire initial de cette unité fut la Southern Railway Company de Londres, qui remplaça son navire jumeau, le Isle of Thanet (lancé le 23 avril 1925 et transféré à Folkestone le 6 novembre 1925 afin d’effectuer des traversées vers la France en direction de Boulogne), par ce nouveau navire à vocation de ferry pour le transport de passagers. Quelques dates significatives : Le 9 mars 1926 et février 1927, le navire heurte accidentellement des blockships, dispositifs de protection du port de Douvres installés lors du premier conflit mondial. Ce choc causera des dégâts non négligeables à la proue du Maid of Kent. Le 2 septembre 1939, le second conflit mondial éclate et le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne. Alors qu’il effectue la traversée Folkestone-Boulogne, le navire repart direction Southampton et arrive en Angleterre deux heures après la déclaration de guerre. Le SS Maid of Kent est réquisitionné et passe sous le contrôle de la Royal Navy pour devenir le HMHS Maid of Kent, navire hôpital n° 21. Le 10 septembre 1939, le navire appareille pour Newhaven, qui devient le principal port hospitalier du sud de l’Angleterre. Le 11 mai 1940, le navire, en provenance de Dieppe, débarque 249 malades et blessés et repart aussitôt vers Dieppe. Le 14 mai 1940, le navire effectue une nouvelle rotation entre les deux ports avec de nouveau 249 blessés. Le 18 mai 1940, le Maid of Kent appareille de Newhaven vers 17 h 15 pour arriver à Dieppe à 21 h 20. Au cours d’une attaque aérienne, neuf bombes sont tombées à proximité du navire. Son capitaine demande la permission de déplacer le navire au plus près de la sortie du port pour un départ plus rapide. Le navire ne pourra cependant pas appareiller du fait de la fermeture des écluses. Le 21 mai 1940, le navire fait l’objet d’une attaque aérienne par la Luftwaffe. Le Maid of Kent est touché par quatre bombes, dont l’une tombe dans la salle des machines, provoquant un incendie qui s’est propagé si rapidement qu’il a été nécessaire d’abandonner le navire. Le Maid of Kent, complètement détruit, coule dans le port. Il sera découpé et ferraillé sur place par les Allemands. Cette attaque causera la perte de 28 membres d’équipage et du personnel médical.
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Attaque
L'attaque
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Nous ne disposons que de peu de témoignages de cette attaque. Néanmoins, nous avons pu nous procurer un document qui évoque cet événement. Nous émettons quelques réserves quant à plusieurs affirmations que nous soulignerons en couleur jaune pour aider le lecteur à se poser également des questions. Voici donc ci-après le récit d’une infirmière affectée au train qui était présente lors de l’attaque du Maid of Kent. L’une des informations à retenir est que l’ensemble du train n’a pas été détruit, comme pourrait le laisser croire la photo ci-dessous.
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L’autre information est bien sûr le fait qu’il y avait trois bateaux amarrés dans le port et qui ont subi le même bombardement. Mentionnons également le fait que le récit ne parle pas d’éventuels blessés à l’intérieur du bateau. Il est écrit que les blessés attendaient dans le train. Cela laisse (peut-être) supposer que le bateau n’avait pas commencé à embarquer les blessés. Autre point troublant, nous savons que ce sont des Stukas qui ont fait l’attaque. Après vérification par le GRIEME, il y avait sur ces avions deux mitrailleuses MG17 de calibre 7,92 montées sur les ailes. Le récit stipule un nombre de 6 à 800 personnes dans le train. Sachant qu’il transportait de nombreux blessés alités, nous doutons fortement que le chiffre évoqué soit cohérent. "Alors que nous étions prêts au départ, le conducteur de train belge refusa d’emmener le train à l’extérieur de la Belgique. L’officier en charge du train a dû placer un garde armé sur la locomotive avant qu’il n’accepte de bouger. Notre difficulté suivante fut que les signaux étaient contre nous. De nouveau, l’officier a été contraint de descendre du train à chaque gare jusqu’à ce que nous puissions sortir de Belgique vers 8 heures du matin ce 17 mai. Nous avons voyagé lentement en France, étant arrêtés pendant des heures en raison de la saturation du trafic. Nous étions constamment occupés en raison des nombreux patients dangereusement atteints, mais nous finîmes par arriver sur le port de Dieppe le 18 mai vers 1 h 00 du matin, où nous fûmes accueillis avec enthousiasme par les responsables locaux qui avaient fini par penser que nous étions tombés dans les mains de l’ennemi tant nous avions du retard. Des ambulances attendaient pour convoyer nos patients vers divers hôpitaux et ce travail fut exécuté dans un minimum de temps à la lueur de lampes. Cette nuit-là, l’ennemi bombarda le port de Dieppe ainsi que d’autres endroits, dont certains étaient proches de l’endroit où nous étions stationnés. Nous nous sommes protégés sous le train en attendant que les assaillants soient passés. Le jour suivant, le 19, nous nous rendîmes à Saint-Aast, un village à quelques kilomètres, où nous sommes restés jusqu’au 21 mai. Ce matin, nous reçûmes des ordres pour retourner vers le port de Dieppe et évacuer les hôpitaux numéros 1 et 10, ainsi que l’hôpital indien, 10 sœurs et un certain nombre d’officiers de diverses provenances. Cela totalisait environ six à huit cents personnes. La plupart étaient dangereusement malades et un transport à la hâte en ambulance de l’hôpital vers le train n’allait pas arranger leur situation, et c’est ainsi que nous nous sommes efforcés de le rendre le plus confortable possible étant données les circonstances, passant notre temps pour les cas les plus sérieux en attendant l’arrivée d’une locomotive. Pendant cette période d’attente, quatre avions ennemis nous ont survolés et ont bombardé le train, en le loupant de quelques mètres, ainsi que deux navires hôpitaux, le Maid of Kent et le Brighton, et un vieux pétrolier, tous amarrés le long des docks à quelques mètres du train. J’étais en train de m’occuper d’un patient et la déflagration me projeta au sol alors que je me penchais sur lui. Tous les autres patients crièrent : « Restez au sol, ma sœur ! Des bombes tombent. » C’est ce que je fis jusqu’à ce que les assaillants partent, on ne peut pas faire grand-chose d’autre lorsque les bombes tombent autour de soi. Tous ceux qui se mirent à courir en dehors du train pour aller se mettre à l’abri furent fauchés par les mitrailleuses, ils furent blessés ou tués. Lorsque l’ennemi s’en fut allé, je me remis debout et regardai autour de moi. Je vis les navires hôpitaux et le pétrolier en feu. Aussitôt, j’ai appelé un homme en kaki afin qu’il m’aide à dégager les civières des flammes du Maid of Kent. Il me répondit : « Je n’ai pas d’ordres, ma sœur. » Je répondis alors : « Ordres ou pas, ces patients sur civières doivent être mis en sécurité. » Alors, à contrecœur, il se décida à m’aider à extraire le premier patient et c’est alors qu’un autre brancardier vint me remplacer pour porter la civière. Mme Kirtley était dans la voiture à ce moment et je la laissai en charge de l’évacuer. Le train commençait à brûler. Je le longeais pour aller voir comment étaient les patients dans les autres voitures. C’était une vision pathétique de voir ces hommes invalides tentant de s’extraire des lits, ou d’autres ayant la tête enveloppée dans des bandages qui me conseillèrent de ne pas entrer dans leur voiture en raison des gaz. Ces gaz étaient en réalité les fumées du pétrolier qui avait été bombardé juste à côté. Toutes les fenêtres avaient été cassées, les fumées avaient alors rapidement envahi la voiture qui n’était plus qu’une énorme masse de fumée noire, mais elle se dissipa assez vite et les patients purent être remis dans leur lit et rassurés sur le fait que tout irait bien. Beaucoup de grosses pièces d’acier en provenance du tanker avaient traversé de part en part la structure en bois de la voiture, sans toutefois causer de victime. Alors je suis descendue du train pour aller dans le quartier des officiers (en chemin j’ai trouvé un homme qui avait été blessé par les mitrailleuses des avions et qui était tombé sous le train, j’ai appelé deux brancardiers, je les ai aidés à placer le blessé sur le brancard et leur ai dit de l’amener à l’officier médecin en charge des blessés)."
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Témoignages
Témoignages de M. William WARMAN
Pour lire l’intégralité du témoignage,
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Traduction du témoignage de M. William Warman
Pour en lire l’intégralité,
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William Warman, 92 ans, ancien combattant déclare qu’il s’est enfui en sautant sur le quai. Le Maid of Kent a pourtant clairement été enregistré comme un navire hôpital et Dieppe, désigné comme un port hôpital. M. Warman s’est remémoré comment il a vu les membres d’équipage sauter à la mer sur des matelas de lits d’hôpitaux. Aux côtés du navire hôpital, à bord d’un train chargé de blessés, il y eut également de nombreux morts lors de l’incendie se propageant entre les wagons. M. Warman, qui était âgé de 27 ans à l’époque, a rappelé combien le nombre de morts aurait été bien plus élevé si un ouvrier des chemins de fer français n’avait pas sauvé des blessés qui attendaient d’être transférés à bord du navire. Il a dit qu’il observait le navire brûler avant de s’enfuir à pied pour Le Havre avec ses coéquipiers qui avaient survécu. « Personne ne pouvait imaginer que nous puissions être bombardés sur un navire de l’hôpital » a déclaré M. Warman. Il n’y a aucun monument dédié à l’équipage tué sur le Maid of Kent, mais leurs noms sont répertoriés sur le Merchant Seamen’s National Memorial à Londres.
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LISTE DES VICTIMES DU BOMBARDEMENT AÉRIEN SUR LE MAID OF KENT
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Commémorations
Les commémorations
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Commémoration par les autorités militaires et civiles
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Quai de la Marne à Dieppe



