PRAIRIAL
Histoire
L'histoire
DONNÉES COMPLÉMENTAIRES
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Le Prairial faisait partie des 18 submersibles à double coque, type Pluviose, de plans LAUBEUF, du programme 1905 ordonné le 26 août 1905. Son numéro Marine Nationale était le Q55. Outre le Prairial, la série comprenait le Pluviose, Germinal, Thermidor, Vendémiaire, Fresnel, Ventose, Floréal, Messidor, Fructidor, Papin, Berthollet, Monge, Gay-Lussac, Cugnot, Ampère, Watt, Giffard. Il fut mis en chantier le 26 septembre 1905 à Cherbourg. Il déplaçait 398 tonnes en surface et 550 tonnes en plongée. Ses dimensions étaient de 51,12 m × 4,97 m × 3,04 m. Sa motorisation était la suivante : 2 chaudières du TEMPLE tarées à 15,5 kg/cm², 2 alternateurs de 350 cv, 2 moteurs électriques de 225 cv propulsant 2 hélices. Sa vitesse était de 12 nœuds en surface et 8 nœuds en plongée. Son autonomie était de 900 milles en surface et 12 milles en plongée. Son équipage se composait de 24 hommes. Finalement, suite à l’accident du Fresnel, on renonce au tube d’étrave qui n’existera que sur les Ventose, Germinal, Floréal et Prairial. Les sous-marins non perdus par fait de guerre seront désarmés en 1919.
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Naufrage
Le naufrage
HISTORIQUE
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Dans la nuit du 29 avril 1918, à 2 h 35, le Prairial sortit en rade du Havre sous les ordres du lieutenant de vaisseau LE MOULLEC, ayant à son bord 26 hommes. Une heure plus tard, il franchissait la passe du grand barrage en compagnie de son escorteur, le Chasseur II (commandant premier maître RIOU). Déjà, plusieurs feux rouges et verts sont en vue. Ce sont les bâtiments d’un important convoi qui navigue à grande vitesse. À 3 h 25, apparaissent les feux d’un transport anglais, le Tropic, venant de Spithead, convoyé par deux destroyers. De l’escorteur, on a l’impression que le Tropic va passer entre le Prairial et le Chasseur II, ce dernier lance des coups de sifflets pour le mettre en garde. Mais le Prairial, sous la houle, paraît être terriblement dans le sillage du Tropic.
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Le Chasseur II manœuvre aussitôt pour se rapprocher du sous-marin qui semble vouloir faire route S.E. et commence à signaler par SCOTT : "Nous venons de...". D’un seul coup, toutes les lumières s’éteignent à bord du sous-marin, et le message reste inachevé. À ce moment, le Chasseur II est à moins de 10 mètres du Prairial, il entend sur la mer crier "Au secours". Il est alors 4 h du matin. Le sous-marin a été éperonné par tribord à moins de 5 mètres de l’étrave. Une minute se passe. Le sous-marin commence à piquer du nez. Le Chasseur II réussit à sauver 6 hommes, il y a 19 disparus. Dans les jours qui suivirent, la marée ramena à la côte les corps de quelques-uns des infortunés marins. Ce n’est qu’en juin que la mer rendit celui du commandant LE MOULLEC, mort à son poste. Le front de mer lui fit de solennelles funérailles. L’endroit où avait sombré le Prairial fut repéré dans l’après-midi du 1er mai, grâce aux énormes bulles de mazout qui s’échappaient de ses soutes qui en renfermaient 8 tonnes. Le lendemain, un scaphandrier du service de sauvetage, arrivé de Cherbourg, sous les ordres du commandant de RICHET, descendit sur l’épave. Le sous-marin reposait droit sur le fond et ne semblait pas sérieusement endommagé. Le scaphandrier eut un instant d’extrême émotion lorsqu’il aperçut par le panneau ouvert du kiosque un marin cramponné si fortement à l’échelle qu’il lui fut impossible de le dégager pour le ramener en surface. Le 5 mai, l’épave du Prairial, signalée par une bouée, fut bombardée par un dirigeable du Havre qui avait confondu le sillage de la bouée avec celui d’un sous-marin ennemi. Des patrouilleurs qui se trouvaient à proximité accoururent et, à leur tour, lancèrent des grenades qui provoquèrent de nouveaux dégagements de mazout, puis on reconnut la méprise en identifiant la bouée. Un scaphandrier, de nouveau descendu sur le Prairial, constata que les grenades venaient d’en démolir l’arrière et que le sous-marin s’était couché à 45° par tribord sur ses torpilles chargées, prêtes à tirer. Il fallut renoncer à toute tentative de relevage qui, dit un rapport officiel, ne présentait plus qu’un intérêt d’ordre moral. Beaucoup plus tard, l’épave reçut la visite des plongeurs de la Marine Nationale qui n’hésitèrent pas à poser une charge sur les arbres arrière pour récupérer les deux hélices en bronze. Ces hélices seraient dans le bureau d’un commandant à Cherbourg. Pendant la guerre 1914-1918, les sous-marins français étaient 40 en ligne. Quatorze sont restés au fond de l’eau : Curie, Monge, Circé, Bernoulli, Foucault, Fresnel dans l’Adriatique ; Saphir, Joule, Mariotte, Turquoise aux Dardanelles ; Floréal dans la mer Égée ; Ariane devant Bizerte ; Diane dans l’Atlantique et Prairial dans la Manche. Ces machines déplaçaient 400 tonnes. Ils étaient du type Brumaire à moteur diesel ou du type Pluviose à vapeur. Les moteurs des Brumaire n’étaient pas au point, mais les bateaux de ce modèle plongeaient relativement vite : 5 minutes quand tout allait bien. Les Pluviose, plus anciens et plus robustes, avaient des machines sûres, mais il leur fallait au moins dix minutes pour avaler leur cheminée et disparaître. Ils avaient les uns et les autres des coques merveilleuses, ces coques dessinées par LAUBEUF, copiées par toutes les marines, et dont l’Allemagne avait volé les plans. Coques mises à part, ils constituaient des bateaux étranges, où tous les problèmes de la navigation sur l’eau et en dessous avaient été résolus avec une élégante ingéniosité et, d’ailleurs, aux dépens des qualités militaires... En surface, par mauvais temps, la mer démolissait leur gouvernail de plongée placé trop haut. Leurs appareils lance-torpilles étaient installés sur le pont, à l’extérieur, exposant les torpilles aux chocs des lames et aux pressions des plongées profondes. Leurs périscopes étaient d’une clarté médiocre, d’un grossissement insuffisant, d’une étanchéité précaire. Leur vitesse en immersion était trop faible, leur rayon d’action aussi, surtout pour les Pluviose. Leurs complications intérieures étonnaient les Anglais. Ces engins ont quand même fait la guerre, grâce aux chefs d’élite et aux équipages de fer qui les servaient. Entre deux randonnées, on essayait de les mettre au point tant bien que mal. *** Extrait de "Sur mer et en dessous - Paul CHACK, 1938 aux éditions de France"
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Par Michel TORCHE - Janvier 2001
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Plongée
La plongée
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L’épave repose à 7,8 milles dans le 301° de l’entrée du port du Havre. Sa position GPS corrigée est 49° 32' 81" N et 00° 05' 31" O. Elle se trouve sur un fond de sable où se trouve un peu de vase. La profondeur moyenne est de 23 m en basse mer. De par son éloignement, il faut attendre une météo excellente avec un vent qui n’excède pas 10 nœuds, ainsi qu’un petit coefficient de marée. Il sera préférable pour la visibilité et la profondeur de plonger à marée basse. On se trouve à cet endroit assez éloigné des rejets de l’estuaire de la Seine et parfois on peut espérer une visibilité se rapprochant des 10 mètres avec une eau d’une belle couleur verte, la plongée devient alors sublime.
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DÉROULEMENT DE LA PLONGÉE
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Le fichier du SHOM indique : - Épave retournée, coque en bon état L’épave est orientée nord-sud, la proue vers le nord. Elle semble mesurer environ 40 mètres pour une largeur d’environ 5 m et une hauteur moyenne de 2 mètres avec des pointes à 4 mètres.
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| (Batteries) |
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Elle est entièrement retournée. L’impact de l’abordage sur l’avant bâbord avec le transport Tropic est clairement visible ; à cet endroit, la coque est écroulée. Vers les deux tiers du sous-marin, on peut observer le kiosque détaché de la coque qui gît ouvert sur le fond côté bâbord. En arrivant sur la poupe, on constate l’absence d’hélices, on peut observer une grosse dérive sur le milieu de la quille, ainsi que deux dérives latérales. L’arrière est écroulé et on reconnaît mal la forme générale de la poupe. Sur la proue, un morceau de chalut est collé à la coque ainsi que les grosses pièces du chalut, l’ensemble ne présente aucun danger. L’épave par elle-même ne présente aucun danger, la pénétration est impossible. C’est une épave très poissonneuse : tacauds, vieilles, gros homards, congres, araignées. Sur l’arrière, on peut noter la présence d’un nombre très important de batteries. Le jour de la visite, l’eau semblait marron en surface, mais s’éclaircissait passée les premiers mètres. Au fond, il faisait sombre, mais avec un phare, la visibilité était de l’ordre de 5 mètres dans une eau d’une belle couleur verte. Le côté bâbord semble assez bien protégé du courant qui s’oriente sensiblement ouest-est au montant. C’est une plongée rare, en effet, il n’y a pas ou peu d’épaves connues de sous-marins français sur les côtes françaises, un des rares exemples, l’Alose, ayant été renfloué il y a 20 ans par la COMEX sur les côtes méditerranéennes. D’après l’information d’un plongeur de C.A.P. informatique, les deux hélices, le périscope et le sextant ont été remontés par les plongeurs de la Marine Nationale en 1990 et 1991. ATMOSPHÈRE ET IMPRESSION DE PLONGEUR
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Le 30 octobre 1988, par une belle journée d’automne, nous embarquons sur le bateau de Jean-Luc amarré au bassin du Roy au Havre. La mer est belle, et nous nous éloignons rapidement vers le large, laissant par tribord arrière le Cap de la Hève. Jean-Luc, à l’aide de son positionneur DECCA, nous emmène plonger sur une épave de son répertoire dont il garde jalousement le secret... Même 12 ans après ! Abel et moi, ainsi que 2 autres copains, allons plonger sur un sous-marin dont, tout en faisant route, il nous en raconte l’histoire. Au point du DECCA, à peine le temps de mouiller une cathode que déjà le sondeur du bateau qui file sur son erre détecte l’épave. Demi-tour pour reprendre la route, l’orientation du courant et préparer à mouiller l’ancre... Ce qui fut fait rondement. La visibilité est bonne, car l’on aperçoit le bout du mouillage qui descend vers les profondeurs sur au moins 5 mètres. Je fais équipe avec Abel et nous descendons rapidement à 25 mètres, nous atterrissons sur le sable, auprès de l’ancre qui se trouve à une dizaine de mètres de la masse sombre de l’épave. Nous l’empoignons et la traînons jusqu’à la carcasse afin d’assurer le mouillage. Gros efforts, car le bateau n’est pas un ZODIAC, et la progression se fait par à-coups, en piochant l’ancre au fur et à mesure de notre avancée. Enfin, nous y parvenons ! Maintenant, la joie de la découverte s’offre à nos efforts. Nous commençons notre plongée par longer la coque sur quelques mètres et remontons parmi les débris sur l’épave. Effectivement, ce cylindre semble bien être un sous-marin et la "visi" est bonne. Nous apercevons de part et d’autre des arbres de renvoi d’angle et leurs pignons en bronze, des vannes de bonne taille et l’enveloppe externe déchiquetée qui laisse entrevoir la coque de base de celui-ci. Plus loin, nous arrivons sur le kiosque, dont l’accès nous est vraiment trop étroit en regard de notre équipement. Par ailleurs, une superbe Dame Bleue s’y trouve et monte la garde ! Nous l’obligeons à réintégrer ses pénates en la suivant de nos lampes, jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le noir profond des entrailles du submersible. Nous reprenons notre progression de nouveau sur ce qui nous semble être un pont, avec ses alvéoles verticales à tribord et à bâbord qui diminuent de taille en allant vers le nez de l’épave. Nous tombons sur le « trépied » avant tel que l’on peut le voir sur les photos ou dans les films de guerre... Déjà 20 minutes de passées sur l’épave et nous retournons vers le mouillage que nous atteignons 10 minutes plus tard. Nous entamons la remontée, des images plein les yeux et pressés d’en discuter sur le pont qui nous attend à la surface, avec le saucisson et de quoi se rincer les amygdales ! De retour sur le bateau, chacun de nous narre sa plongée, l’un a vu une torpille échouée sur le sable par bâbord et l’autre n’a pas trouvé les hélices quand il a parcouru l’arrière de l’épave. Jean-Luc nous précise que des « ferrailleurs » de la côte ont fait exploser l’arrière, l’année précédente, afin de récupérer celles-ci qui étaient toutes en bronze. 9 ans plus tard, avec l’évolution du matériel et surtout le GPS, nous repartons avec nos ZODIACS, plonger plusieurs fois sur le sous-marin « Q55 », le PRAIRIAL, après avoir retrouvé son histoire dans un livre de la bibliothèque municipale du Havre, ainsi que les traces d’un sous-marin anglais, le « D3 », coulé accidentellement quelques mois auparavant à 20 milles dans le N.O. de Fécamp. La meilleure période, si l’on ne veut pas plonger de nuit, se situe toujours en fin d’année. Le 27 septembre 1997, dans des conditions exceptionnelles (année exceptionnelle !), par une "visi" de 15 mètres sans particules, l’épave du PRAIRIAL nous est apparue dans son ensemble, en large et en travers, reposant sur le sable par 27 mètres comme un gros saucisson, dépouillée. Adieu mes premières images, plus de trépied mais un quadripode, plus de kiosque, plus de vannes ni de renvoi de commande mais une superbe barre de commande d’assiette, plus de double coque et toujours pas d’hélices ! Est-ce le même sous-marin que nous avons plongé auparavant ? Même Abel n’en a pas le même souvenir. Si celui-ci est le PRAIRIAL, l’autre ne serait-il pas le sous-marin allemand bombardé par un dirigeable français de surveillance peu de temps après, à proximité ? Mystère sur ce qui s’avère officiellement être la bouée de repérage du PRAIRIAL... La part du rêve... Pourquoi pas ? Il me reste une aquarelle issue de cette plongée inoubliable, parmi tant d’autres, et qui est parue, avec l’histoire de ce submersible à vapeur français de la Première Guerre mondiale, dans la revue Océans. Récit de Michel TORCHE |
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Photos
Vidéo
Immersion sur le Prairial


























