PYLADES
Découverte
LA DÉCOUVERTE EN 1999
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Septembre 1999, la saison de plongée, en cette année, est loin d’être terminée. Comme cela arrive, les pêcheurs locaux viennent, de temps à autre, nous voir pour de petits problèmes qui leur sont arrivés en mer. Ici, un câble sous-marin accroché, là, un mouillage perdu et, ce jour-là, une planche de chalut restée dans ce qui est présumé être « une tôle ». Patrick, notre ami pêcheur à VEULETTES, vient nous voir : « Les gars, j’ai un petit problème, un de mes collègues vient de me signaler qu’il avait laissé une planche au large sur ce qu’il croit être une tôle. Il nous demande s’il n’est pas possible d’aller la récupérer, la contrepartie étant le point pour nous plongeurs. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous sommes le 10 septembre, la mer est un peu formée, mais l’excitation est à son comble : un nouveau point en perspective ! Une zone pourtant connue, celle avant « la brèche », mais ce point-là, jamais entendu parler. Patrick et François sont les premiers à descendre. Nous sommes en marée haute et le sable est à -35 m. La visibilité est bonne en ce mois de septembre, à 8 milles des côtes, c’est une aubaine pour découvrir ce qui sera un nouveau site et nos recherches. Le sondeur avait bien lu -29 m au premier passage lorsque nous recherchions le point, et c’est bien à -29 m que se situe le haut de l’épave. Car il s’agit bien d’une épave, une poupe de 5 à 6 m de haut, les 3 cylindres du moteur en point le plus haut avec la chaudière reliée au dernier cylindre par le tube haute pression. |
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S’ensuit une forme de poupe galbée qui fait penser à un cargo et, sur le sable à l’arrière, une hélice quadripale bien cassée, un safran disparu et, comme prévu, une planche bloquée dans la tôle sur l’arrière de l’épave. Il faudra revenir équipés, car le déblocage prendra du temps. Nous en profitons donc pour faire une petite visite des lieux, remonter vers l’avant de l’épave où les structures apparentes des restes du navire sont à peine plus hautes que ce qui ressemble à une cargaison en vrac. Motté comme des tas de sable, une main franchement enfouie dans un de ces talus laisse apparaître 5 m de hauteur de coque, au sondeur cela se voit… |
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| (Un plongeur du GRIEME le long de la coque du Pylades) |
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Une poussière rougeâtre au toucher qui s’éloigne avec le courant lorsqu’on la manipule, curieux ! Difficile de dire de quoi il s’agit, mais nous sommes dans ce qu’il doit rester d’une cale et le sable est jonché de cette cargaison un peu bizarre. Une structure un peu plus haute, 1,50 m environ, nous laisse à penser que nous sommes sur une séparation de cales. Un treuil en est aussi la preuve. De l’autre côté, toujours en allant vers l’avant du navire, la même chose apparaît : des tumulus de cette poudre rougeâtre (dans le faisceau de nos phares) avant d’arriver sur ce qu’il reste de la proue, du guindeau et d’une ancre à balancier aperçue par François. |
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Un fragment d’assiette est trouvé et une première inscription apparaît : « R.P. HOUSTON ». Une chose est sûre : notre épave est de ce siècle, l’ancre en est la preuve. Un bon début pour lancer une recherche, un nom, comme nous pouvons souvent en lire sur de la vaisselle. Celui-ci s’avérera être le nom d’une compagnie britannique qui pourrait être, avec un peu de chance, la compagnie de ce navire, alors… |
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LA DÉSILLUSION
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Alors, la désillusion sera de mise lorsque reviendra le courrier envoyé à la R.P. HOUSTON. D’après les dimensions que vous nous avez envoyées, il est peu probable, voire certain, que ce navire ait fait partie de notre compagnie. En effet, le plus petit de nos navires mesure plus de 100 mètres, et les dimensions que vous nous avez fait parvenir, environ 51 m, nous laissent à penser que l’assiette que vous avez trouvée a sans doute appartenu à un marin qui a dû naviguer sur un de nos navires en son temps… Déception ! Le premier indice n’était pas le bon, cela aurait été trop beau ! Mais sachant qu’une identification ne peut pas se faire qu’avec un seul indice, plusieurs plongées ont été faites sur cette épave entre septembre et fin décembre 1999, l’espoir demeure intact. |
Enquête
UNE ENQUÊTE À LA SHERLOCK HOLMES
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En effet, l’idée de prendre un échantillon de cette poussière rougeâtre pour le faire analyser nous permet de faire connaissance avec l’ÉCOLE SUPÉRIEURE NATIONALE DE CÉRAMIQUE INDUSTRIELLE de LIMOGES. Un échantillon représentatif leur est proposé et quelques semaines plus tard, le résultat arrive, par téléphone, dans un premier temps ; nous sommes en mars 2000. Notre correspondante est Mme Solange DEYGAULT et le descriptif de l’analyse est le suivant : Réduction par acide fort, dissolution à la torche plasma, Spectro, I.C. Plasma sont les analyses qui ont été réalisées à ce jour sur l’échantillon envoyé. Nous sommes en présence de : - Zinc en grande quantité, Les pourcentages nous seront communiqués ultérieurement car ils doivent passer au microscope à balayage, le résidu « bille verte » suite à la dissolution avec torche plasma et différentes autres recherches. |
RÉSULTATS D'ANALYSE
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Élément : Nature (ppm) Ces recherches furent exceptionnellement gratuites, car comme nous, « ils » se sont pris au jeu de la recherche historique du naufrage. Le reste fut relativement simple après cette analyse. La cargaison était du concentré de zinc, et avec les différentes données que nous avions collectées en mesurant le gisement (54 m), en la dessinant et avec les quelques objets trouvés tous estampillés en GRANDE-BRETAGNE, il nous suffisait de contacter notre ami Barry MASON pour en savoir plus. Ce fut chose faite en ce mois d’avril 2000, après constitution d’un dossier faisant suite à nos différentes plongées et collectes d’informations. Le 15/05/2000, un courrier de Barry levait le doute sur nos recherches. |
L'IDENTIFICATION PAR BARRY MASON
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Lumière sur le Pylades... la vérité se dessine... pour naître ci-dessous |
(Crédit photo Nicolas MIFSUD) |
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Lampe de pont du Pylades |
Votre épave est le Pylades, coulé le 12 novembre 1937 dans une tempête. Référencé dans le LLYOYD'S sous la fiche 1008 des navires disparus, il était donné coulé à 12 milles au large de VEULETTES, correspondant à l’épave S.H.O.M. 2160015 qui a été supprimée par manque de détection sur un rayon de 2 milles. Et pour cause puisque l’épave citée est à 8 milles environ de VEULETTES, soit 4 milles en dessous de la localisation donnée à l’époque par l’équipage et le rapport du navire qui devait les recueillir. Les informations transmises étaient les suivantes : Longueur : 182,8 pieds (54,8 m) |
Naufrage
Le naufrage
LE RAPPORT DU 19/11/1937
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Le rapport hebdomadaire d’accident de mer du 19/11/1937 relatait les faits suivants : Lloyd’s weekly casualty reports 19 Nov 1937 ROUEN, 12 Nov. Le vapeur anglais Pylades a coulé au large de FÉCAMP. Tout l’équipage a été embarqué par le chalutier DUQUESNE et débarqué à DIEPPE. DIEPPE, 12 Nov. Le vapeur anglais Pylades, au départ du HAVRE et à destination d’ANVERS, a coulé aujourd’hui à 12 milles au Nord de VEULETTES. Tout l’équipage composé de 11 personnes a été sauvé. DIEPPE, 12 Nov. Le capitaine KERR, du vapeur Pylades, dit qu’il a quitté LE HAVRE hier à 8 heures du matin avec une cargaison de concentrés de zinc. Un orage éclata et ils furent violemment secoués. La cargaison se désarrima et le navire se déséquilibra, prenant rapidement une gîte importante ainsi que de l’eau à son bord. Incapable de manœuvrer le navire, il décida de l’abandonner. L’équipage hissa des signaux de détresse et quitta les lieux à bord d’un canot de sauvetage. Ils furent repérés par le chalutier DUQUESNE de DIEPPE qui les prit à son bord. Le DUQUESNE resta aux alentours jusqu’à ce que la mer se fut calmée à 23 h 30. Le capitaine envoya alors 2 hommes à bord du Pylades pour tenter de le remorquer. L’opération fut terminée vers 1 heure ce matin et ils partirent en direction de DIEPPE, mais le Pylades, gîtant toujours autant, 3 heures plus tard, l’opération s’avéra être un échec et le Pylades coula. |
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Plongée
La plongée
Ambiance...

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Le Pylades est dans le Nord-Ouest de ST-VALERY-EN-CAUX, à 12 milles du port. La même distance le sépare du port de FÉCAMP. Facile à trouver au sondeur, la partie arrière remontant de 5 à 6 m encore en 2005, nous accrochons assez facilement l’épave pour avoir une ligne de vie avec la surface. L’épave gît entre 30 et 36 mètres en fonction des coefficients de marée et ne présente aucune difficulté particulière à l’exploration. Le tour complet du gisement se fait sans problème, l’épave ayant gardé son intégralité malgré les différents impacts de chalutage dont elle a été victime au fil des ans, du fait de son absence sur les cartes marines. L’arrière est le plus intéressant à découvrir. La machine triple expansion et la chaudière sont encore à leur emplacement d’origine et la poupe, bien qu’endommagée, reste majestueuse. L’hélice quadripale a perdu ses pales au fil des ans, le chalutier doit y être pour quelque chose. La visite s’en suivra par la première cale où la moitié de la cargaison est mottée au sable, puis par le passage sur les structures du château central entouré de deux treuils de belles dimensions. La cale avant laissera, elle aussi, apparaître une partie de la cargaison et le final se fera sur la proue qu’il faudra deviner dans l’enchevêtrement des tôles où une des ancres se trouve encore à poste. Comme sur de nombreuses épaves de Manche-Est, les tacauds sont légion sur le Pylades. La visibilité, souvent bonne dans cette zone, m’a permis de découvrir l’épave dans son intégralité un beau jour d’août 2002. Un spectacle qui m’a permis de faire une esquisse complète du navire que Michel a finalisée pour la SAGA DES ÉPAVES DE LA CÔTE D’ALBÂTRE, tome 2.
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ancre du Pylades |
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un des deux treuils de charge du Pylades |
Photos
ALBUM PHOTOS
PHOTOS SOUS-MARINES AVEC DOMINIQUE BOUTIGNY ET FRANÇOIS MATHIEU
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SOUVENIRS - ÉMOTIONS - PHOTOS - REMERCIEMENTS
CRÉDIT PHOTOS SOUS-MARINES : DOMINIQUE BOUTIGNY ET FRANÇOIS MATHIEU



(La chaudière et sa soupape)


















