SYRIE
Histoire
L'histoire
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Durant l’été 1909, les Ateliers et Chantiers de FRANCE à DUNKERQUE livrent le Saint-Thomas à la Société Navale de l’Ouest (SNO). Il s’agit d’un cargo conventionnel équipé d’une machine triple expansion de 1 240 CV alimentée par une chaudière. |
Extrait presse régionale havraise |
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Il est destiné à la ligne Espagne/Portugal/Afrique du Nord, alors florissante du fait du trafic colonial. Au milieu des années trente, une recomposition du capital de la SNO amène cette compagnie à fonder la Compagnie Navale d’Afrique du Nord (CNAN). En 1937, le siège de la CNAN est au 142 du boulevard de STRASBOURG au HAVRE, dans les locaux du Comptoir Maritime Franco-Belge. Dans la flotte de cette compagnie se trouvent trois navires venus de la SNO : les Saint-Paul, Saint-Michel et Saint-Thomas. Ils deviendront respectivement Maroc, Congo et Syrie. Celui qui nous intéresse, le dernier des trois, est affecté à une rotation entre les ports de La Manche, de la Mer du Nord et les possessions coloniales françaises d’Afrique du Nord et du Levant (les actuels Liban et Syrie). |
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Au moment de la déclaration de guerre, il est réquisitionné par l’État français et passe sous l’autorité de la Direction des Transports Maritimes (DTM). Il reçoit l’ordre, comme de nombreux autres navires, de se rendre au plus vite à destination du HAVRE. Le navire rentre dans le port en compagnie du Niobé le 10 juin sous la conduite du pilote Dominique LESCOP. Il prend place au poste 1 du quai Joannès Couvert ; à son bord se trouvent environ 400 tonnes de munitions que le navire n’a pu débarquer au cours de ses précédentes escales. Malgré une avarie de machine, il embarque près de huit cents passagers, dont près de 250 militaires qui viennent de fuir le port de SAINT-VALERY-EN-CAUX sous la menace des Allemands. Le 11 juin 1940 à treize heures, il appareille et croise les digues vingt-cinq minutes plus tard. Il s’apprête donc à arriver sur rade au beau milieu de l’attaque aérienne ennemie. Le navire va d’abord chercher les bouées du dépôt de dragages. Il s’agit d’éviter les champs de mines. Parvenu à cet endroit, il débarque son pilote, M. PEROUELLE. Dix minutes après, il est pris pour cible par les avions de la Luftwaffe ; un artilleur tente alors de riposter à l’aide de la mitrailleuse montée sur le pont. Le navire est encadré par les bombes qui, en explosant, provoquent une déchirure dans la coque et une voie d’eau. Il commence à s’enfoncer doucement par l’arrière. Les pompes sont mises en marche, le commandant SICART sait que son navire est perdu. En d’autres circonstances, un remorqueur pourrait prendre le navire en remorque et le ramener au port, mais il n’en est pas question. Aujourd’hui, le navire a été chanceux : sa dangereuse cargaison n’a pas explosé. Il donne l’ordre d’évacuer le bâtiment. Certains militaires, perdant leur sang-froid, tentent de quitter le bateau les premiers. La situation est vite rétablie ; les passagers descendent le long de la coque à l’aide de cordes, prennent place dans les chaloupes et seront alors recueillis par les avisos Amiral-Mouchez et Savorgnan de Brazza. Les passagers seront débarqués le 12 juin à CHERBOURG. Les membres d’équipage, après avoir aidé à évacuer les civils, resteront à bord pour tenter de sauver le navire, mais devront se résoudre à leur tour à le quitter. Le Syrie abandonné ne coule cependant pas. Dans la nuit du 12 au 13, soit près de trente-six heures après le bombardement, il est aperçu, à la dérive, par le chalutier-patrouilleur Nadine de DIEPPE accompagné du Saint Dominique. Celui-ci l’arraisonne et le trouve vide d’occupants, les garants d’embarcations pendant encore le long de la coque. Les hommes de la Nadine font une découverte macabre : quatre cadavres, trois hommes et une femme, gisent dans le poste avant. Le 13 juin, après 2 jours d’agonie, le navire, dans un bouillonnement d’écume, s’enfonce définitivement sous la surface. Et si l’épave coulée à proximité de la bouée grande rade sud n’était pas le Syrie ? Si la position et l’identification données par le fichier du SHOM étaient inexactes ? À mes yeux ainsi qu’à ceux d’autres personnes, il existe un doute sérieux ! En effet, dans les cales du navire, identifié comme le Syrie, se trouvent des monceaux de cornes et d’os de bœufs. À travers les cales écroulées, on peut observer un arbre d’hélice très long, caractéristique du début du siècle, de même que les hublots observés sont de facture grossière. Il existe un bateau coulé par abordage au début du siècle, très près de cet endroit, qui transportait… du bœuf ! |
| Cette épave est depuis longtemps appelée par les pêcheurs “Le Corrientes” et les pêcheurs savent beaucoup de choses. Quelques centaines de mètres plus loin, juste en bordure du chenal près de la bouée LH8 (LH pour Le Havre et 8 pour la huitième bouée du chenal d’approche), repose une épave non identifiée connue sous le surnom de “L’épave aux munitions” ou “La Belge”. Curieux, non ? | ![]() |
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Curieux, lorsque l’on sait que le Syrie contenait une importante cargaison de munitions et que les douilles, remontées pour analyse, laissent apparaître une fabrication datée de 1940, qu’à bord se trouve du matériel estampillé CGT. |
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Les autres épaves coulées en 1940 sont clairement identifiées et ne sont pas dans cette zone. Alors, en conclusion, Syrie ou Corrientes, le mystère reste entier ! |
Le Corrientes
QUELQUES MOTS SUR LE CORRIENTES |
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Remerciements à la French-Lines Comme nous l’avons évoqué dans le chapitre précédent, un doute subsiste sur la localisation du Syrie. Alors retenons aussi l’hypothèse qu’il puisse s’agir du Corrientes. Au GRIEME, nous pensons que le Syrie répertorié actuellement par le SHOM ne peut être le Syrie ! En l’occurrence, cette épave semble trop vieille de conception (coque rivetée) et son chargement est principalement constitué de cornes, comme celle du Corrientes ! Nous vous invitons à revenir sur la carte postale publiée ici dans l’onglet, où l’on présente le Syrie en cale sèche. En effet, les objets retrouvés sur LH8 semblent davantage provenir d’un navire de ce type. |
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De plus, nous complétons notre hypothèse en mentionnant les points suivants : - munitions de la Seconde Guerre mondiale probablement pas déchargées à CHERBOURG (comme pour le Niobé) suite à l’expédition ratée de ravitaillement de la poche de DUNKERQUE et la demande précipitée de l’évacuation du HAVRE, - ancres et morceaux caractéristiques de ce type de construction, - récit de la dérive du navire en feu.
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Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, il y a de fortes chances que le Syrie repose à LH8 et que le Corrientes repose en lieu et place du point SHOM donné pour le Syrie. Nous mènerons toutes les investigations possibles afin de lever définitivement le doute sur l’identité de ces deux navires.
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Témoignage
TÉMOIGNAGELe 11 juin 1940
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