UJ 1433
Histoire
L'histoireÀ PROPOS DE L'UJ 1433 |
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Face à l’église de BENOUVILLE, à environ 4,5 miles à l’ouest du port de FÉCAMP, sur un fond de 20 m à 25 m selon les marées, l’UJ 1433 est certainement une des épaves les plus fréquentées par les plongeurs des clubs haut-normands. Couché sur tribord dans le sens sud-nord, ce chasseur de sous-marins, avec son bras articulé sur la proue et son canon de 88 mm à l’avant, est probablement l’une des épaves les mieux conservées de la Seconde Guerre mondiale. L’hélice tripale de 3,5 m de diamètre est toujours en place, tout comme le gouvernail. Certaines cales sont encore accessibles et la faune s’y abrite dans les moindres recoins. Congres, homards, bars y sont de tailles respectables et un impressionnant banc de tacauds veille sur le site. Ce chasseur de sous-marins allemand est sorti des chantiers de RENDSBURG le 12 août 1943 sous le nom de K.U.J.9. Le 18 janvier 1944, il est rebaptisé UJ 1433 (33e unité de la 14e flotte). Long de près de 59 m, large de 8,44 m, avec soixante et un hommes d’équipage à son bord, sa mission première était la traque des sous-marins ennemis. Mais il pouvait également escorter des convois pour déminer la route, ce qui est la raison d’être du bras articulé disposé à l’avant du navire. |
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| Partie de dague identique à celle présentée ci-contre |
Naufrage
Le naufrage |
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Pour la nuit du 27 août, la KRIEGSMARINE prévoyait le repli du HAVRE sur DIEPPE des dragueurs et des chasseurs de sous-marins escortés par la 14e flottille de dragueurs. En fait, 7 dragueurs et les chasseurs UJ 1431 et UJ 1433 appareillèrent le 27 août au soir. Cette même nuit, La Combattante et le H.M.S. TORNBOROUGH se trouvent dans les parages du CAP D’ANTIFER avec les groupes DIXON (Motor Torpedo Boat 450 et 482), MARSHALL (MTB 693, 695 et 692) et LAING (M.T.B. 253 et 257), les groupes MARSHALL et LAING opérant plus à l’est au large de FÉCAMP. Le convoi allemand est repéré entre ANTIFER et ETRETAT à 23 h 38. Les Anglais pensent avoir à faire à deux caboteurs, trois chalutiers armés et quelques dragueurs (il faut savoir que les deux nuits précédentes, les escarmouches entre la flotte alliée et les navires allemands battaient leur plein). À 23 h 40, La Combattante reçoit du TORNBOROUGH l’ordre de se placer, pour faire diversion, sur l’arrière de son travers pendant que les M.T.B. du groupe DIXON attaqueront à la torpille. À 23 h 45, La Combattante a le contact radar, au moment où les navires ennemis et les batteries côtières ouvrent le feu contre elle. Elle distingue quatre chalutiers armés en ligne de file ; l’éclairage est gêné par un banc de brume le long de la côte. Le HEADHACHE signale la présence de cinq ou six dragueurs. Il s’agit en fait de la 14e flottille de mouilleurs de mines qui viennent de mouiller aux abords du HAVRE et qui regagnent FÉCAMP en compagnie de deux chasseurs de sous-marins (journal de la SKL en date du 28 août 1944).
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La Combattante est éclairée par la lune et l’ennemi tire sur elle avec beaucoup de précision. Toutefois, la première salve du torpilleur fait but sur le chalutier de queue, qui, continuellement touché pendant une minute, se retrouve bientôt en flammes. Il brûle de l’avant à l’arrière quand La Combattante change d’objectif. Les M.T.B. britanniques, après quatre tentatives, ont pu lancer leurs torpilles (cinq en tout) d’une distance de 1 400 yards sur les deux caboteurs, mais elles se dérobent en faisant route sur La Combattante, ce qui entraîne une certaine confusion. Un abordage est évité à la dernière minute, mais le tir ennemi se concentre sur le torpilleur français et il est d’une redoutable intensité.
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| (La fin de l'UJ 1433 "accroché" par La Combattante) Tableau Bernard BERNADAC - Reproduction interdite sans autorisation |
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Le radar 271 de La Combattante est rendu inutilisable par un coup de l’ennemi (tiré soit par une batterie côtière, soit par un des bâtiments allemands). Le radar 285 (du même navire) tombe alors en panne et le tir de La Combattante perdant de sa précision, le bâtiment rompt le combat vers 00 h 03 le 28 août : il est encadré par les obus de la batterie de côte jusqu’à 00 h 15. La victime de La Combattante était le chasseur UJ 1433 qui coula dans la position connue à ce jour à 2,5 miles de la côte, face à BENOUVILLE par 49° 44’ 386" N et 00° 14’ 707" E.
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L’UJ 1431, endommagé, fut remorqué jusqu’à FÉCAMP par les dragueurs, de même que le dragueur R 231 qui était hors de combat et que ses sectionnaires vinrent rechercher après avoir mis l’UJ 1431 en sécurité.
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51 ANS D'ANONYMAT |
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Depuis lors, le navire était bien connu des plongeurs de la région. Si la vaisselle à l’effigie du IIIe Reich trouvée à bord ne laissait aucun doute sur sa nationalité, le nom du navire demeurait une énigme. Il fallut les relevés précis : longueur, largeur, nombre de hublots, dimension du canon et croquis réalisés en plongée par la commission archéologique départementale de la SEINE-MARITIME pour qu’un correspondant allemand identifie formellement le bateau en 1995 en compulsant les archives de la KRIEGSMARINE.
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Partie de chadburn identique à celui de l'UJ 1433 – La pièce nettoyée et restaurée
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Plongée
La plongéeIMPRESSIONS (Yvon CHARTIER - GRIEME) |
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L’UJ 1433, c’est pour moi l’épave qui a tout déclenché !
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Mes premières bulles remontent à 1975, année où je faisais mon service militaire aux ANTILLES. Cette année-là, un certain Jacques-Yves COUSTEAU découvrait, en baie de ST PIERRE (MARTINIQUE), les épaves du volcan coulées le 8 mai 1902 par l’éruption de la montagne PELÉE. Pas de diplômes, peu de pratique (si ce n’est en apnée), une eau turquoise et l’envie de découvrir ce monde féerique, plein de couleurs et de vie. L’occasion se présente un jour, et une bouteille sur le dos, c’est parti pour l’aventure ! Seize années passent, et un beau jour de 1991, une sortie club sur notre côte de LA MANCHE me fait découvrir la plongée sur épaves. Il est vrai que découvrir une épave que l’on distingue dans son intégralité comme en MÉDITERRANÉE ou en mer tropicale n’a rien de comparable à une plongée en MANCHE, surtout quand cette dernière se déroule en mars et que la température de l’eau n’excède pas 7 °C. Cette épave, en l’occurrence, ne portait pas de nom. On la connaissait bien comme « Le chalutier armé », ou encore Épave de Bénouville, mais pas grand-chose de plus. Une seule quasi-certitude, elle était allemande. Divers objets remontés au fil des années par les plongeurs du département laissaient à penser qu’il s’agissait bien d’un bateau de guerre allemand. Par contre, pas de nom, pas de date. Rien de probant !
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Cette première plongée sur épave fut pour moi un déclic. Un collègue du club, connaissant bien le site, me la fit découvrir dans sa presque intégralité. La visibilité n’excédait pas 5 à 6 m, et nous avancions prudemment sur le bâbord de la structure bien déchirée par le temps. La faune était abondante et l’on pouvait apercevoir de-ci de-là de superbes bars tournoyant dans les structures déformées du navire. Les tacauds, poissons très communs en MANCHE, accompagnaient tous nos déplacements et suivaient nos bulles. Les congres, que l’on ne pouvait voir dans leur intégralité à cause des structures déformées, laissaient entrevoir tantôt leur tête, tantôt leur queue. Les homards, quant à eux, se montraient très peu, mais leur taille laissait rêveur. La coque, bien intacte sur les trois quarts du navire, laissait apparaître une déchirure sur le tribord arrière, endroit presque certain de l’impact qui causa la perte du navire. Quelques mètres plus loin, une superbe hélice tripale d’une taille respectable me faisait dire que ce navire (au vu de ce que nous avions parcouru et de la taille de cette hélice) que nous étions sur une épave d’une bonne cinquantaine de mètres. Continuant notre périple, nous trouvions l’avant sans difficultés et là, oh surprise, un superbe canon d’un diamètre imposant pointait vers le ciel. La proue n’était pas loin, et une particularité attirait mon attention. Un bras articulé relié à la coque du navire plongeait vers l’avant de ce dernier. Nous étions au sable par -22 m et le canon pointait la surface avec -14 m lus au profondimètre lorsque nous étions à son extrémité. Mais le temps qu’il nous restait était compté. Cela faisait maintenant 40 minutes que nous étions au fond, et il fallait regagner la surface. Je remontais émerveillé par cette épave, et quelque part un peu déçu de ne pas connaître son nom et son histoire. Mais cela ne dura pas longtemps.
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Les observations faites après 3 ou 4 plongées me permirent de dessiner cette épave. |
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J’appris à la même époque qu’une commission archéologique venait de se créer à l’initiative de François MATHIEU, à l’époque président du club de CANY-BARVILLE, le C.S.C. (Club Subaquatique Canyçais) et que ce dernier détenait des renseignements sur certaines épaves. Le contact fut rapidement établi, mais rien sur ce navire de plus que ce que l’on savait à l’époque, c’est-à-dire pas grand-chose ! Il me proposait d’envoyer l’esquisse faite du navire, ainsi que les dimensions (longueur, largeur, diamètre d’hélice et du canon) que nous envoyâmes en ALLEMAGNE chez un correspondant. La réponse ne se fit pas attendre longtemps. Un mois plus tard, le nom d’un navire perdu par la KRIEGSMARINE nous parvenait : il s’agissait de l’UJ 1433, un chasseur de sous-marin coulé le 28 août 1944 lors d’un combat naval avec les forces alliées et le destroyer La Combattante.
Une passion venait de naître pour moi : les épaves et leurs mystères ! |
Photos
SÉQUENCE PHOTOS
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AMERS - CONDITIONS DE PLONGÉE - INFOS DIVERSESATTENTION ! Une récente plongée sur l'UJ 1433 (fin juillet 2001) a mis en évidence que l’intérieur de l’épave est en train de se dégrader fortement.
Nous vous conseillons la plus grande prudence si vous entrez à l’intérieur de l'UJ 1433. Le canon est tombé côté tribord.
Amers au nombre de trois : Le premier, le plus marquant, celui alignant la maison entièrement blanche de la valleuse de VAUCOTTES, à la falaise ouest. Il faut que cette maison, voisine d’une autre au toit rouge, ressorte de la valleuse en étant alignée avec l’aplomb de la falaise. En faisant route tout en gardant cet alignement, on coupe l’épave dans sa longueur. Accès plongée : Le port de FÉCAMP paraît être le plus approprié à partir du moment où l’on possède une embarcation type "Zodiac". YPORT pour les embarcations "légères" peut aussi convenir pour la mise à l’eau. Conditions de plongée : La MANCHE ne pardonne pas l’erreur. Il est impératif de plonger dans les temps d’étale. Les vents ne doivent pas excéder force 4/5 pour ne pas rendre la plongée périlleuse. La plongée : Cette épave est, à n’en pas douter, la plus plongée de la côte normande. Connue de tous les clubs, cette plongée reste sûrement une des plus sympathiques de notre littoral. |
REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUESRetrouvez "l'UJ 1433" dans "La Saga des Épaves de la Côte d'Albâtre", édité par le GRIEME, en vente par correspondance sur notre site internet. Cartographie - SHOM n° 6765 - Abords des ports d'ANTIFER et de FÉCAMP. AVEC QUI PLONGER CETTE ÉPAVE ?À ce jour, deux clubs dans le département ouvrent leurs portes aux plongeurs extérieurs : Le S.V.P.C.A. basé à ST VALÉRY EN CAUX avec une unité alu de 14 plongeurs. Le C.S.R. (Club Subaquatique Rouennais) basé à FÉCAMP avec une unité alu de 25 plongeurs. Vu dans OCÉANS Spécial Collector Hors-Série n°1/2001 |


















